Quand la paix s’enfuit…

Je vous le dis en vérité, mon article sera long. Mais, la situation actuelle le recommande. Merci d’avance à vous de « me » lire entièrement. Je voudrais juste me rappeler à votre bon souvenir et vous porter partout où vous êtes, ma part de réflexion sur ce qui arrive à notre pays: la Côte d’Ivoire.
Certes, il y a « la vérité », « ta vérité » mais, je voudrais dire « ma » vérité sur la Côte d’Ivoire.
Disons, plutôt pour paraphraser un ami juriste, « ma » vérité sur ce qui arrive à la Côte d’Ivoire de notre génération. Génération? Nous avons dit génération?
Oui, en effet, notre génération qui naguère, n’avait de passion que pour les rencontres de football Asec/Africa. Notre génération, qui hier, n’avait de ton que le cri de ralliement « zouglou, CA ». Notre génération qui était « insouciante » et mordait la vie pleinement…Que reste-il de cette génération?
Génération-zouglou, génération-smurf and break dance, génération-woya, génération du « filantorium » (ceux qui ont fait les cités +U+, en savent quelque chose), génération-concert amnesty international…qu’est-elle devenue?
Perdue. Vous venez de répondre. Oui, notre génération est perdue. Elle n’a ni repère, ni modèle, ni visibilité de son avenir, ni, ni, ni…
De nombreux membres de notre génération sont en exil. Certains sont obligés de vivre clandestinement loin des communautés ivoiriennes à l’extérieur. Certains fuient à la seule évocation de la présence d’un Ivoirien dans leur sillage. D’autres ont honte de la Côte d’Ivoire. Ils ne la reconnaissent plus.
Au pays, c’est pire. On fonctionne par affinités ethniques et quelques fois par affinités politiques. Mais on ne raisonne plus en terme de Nation, de Patrie. Des Ivoiriens prennent des gourdins contre des Ivoiriens. Des Ivoiriens tuent des Ivoiriens. Des Ivoiriens découvrent de nombreux sentiments: la haine, l’exclusion, la stratification etc.
La Côte d’Ivoire de feu Félix Houphouët-Boigny « le vieux » que nous avons connue a totalement et radicalement disparu. Elle se conjugue désormais au passé composé.
Pendant ce temps, notre génération erre. Son présent, hélas n’a plus d’avenir. Notre génération vit, pis que dans une prison, mais dans un drame et une tragédie, où encore hélas elle n’est que l’actrice passive, victime des passions et des ambitions des politiques qui déclarent urbi et orbi leur droit de prééminence sur la Nation.

Notre génération est généreuse, parce que dotée de tout temps de fleurs aux boutons. Nous sommes sans armes et sans armures. Donc re-victimes de toute cette camarilla de politiciens ivoiriens qui ont décidé de faire exactement l’inverse de la politique de feu Félix Houphouët-Boigny, à savoir opposer les Ivoiriens. Notre « mosaïque » d’ethnies, terreau de la vraie fraternité, est devenue par la manipulation, une bombe prête à exploser à tout moment.
Nous autres, qui sommes en France, en Allemagne, en Italie, en Hollande, aux Royaumes Unis, aux USA, en Espagne, au Portugal, dans les pays africains ou « versés » à travers le monde, avons-nous, dis-je, que nos yeux pour pleurer notre nostalgie du BVT? Du Bon Vieux Temps?
Ce BVT, où on portait à Abidjan, les tissus écossais, le temps où on portait les pantalons et jupes en « lino », le temps où feu Lougah François et Bailly Spinto s’affrontaient par musiques opposées à l’Ivoire, le temps où reine Pélagie et Aïcha Koné, faisaient un duo ou un duel, c’est selon, à l’Ivoire. Le temps de Podium de Roger Fulgence Kassy (RFK), Nostalgie. Ô nostalgie.
Ce BVT est derrière. Regardons avec courage dans le rétroviseur. Qu’avons-nous eu depuis? La guerre.
Notre patrie est malade. Gravement malade de ses hommes politiques. Terriblement malade de ses dirigeants (pouvoir, opposition, opposition armée). Notre Côte d’Ivoire souffre atrocement de la multiplication des milices armées disséminées dans les faubourgs du pays. Notre Nation, meurtrie souffre de sa partition de fait. Notre terre natale agonise à cause des contradictions internes créées de manière factice…par les mêmes.
Voici ce qu’est devenue la Côte d’Ivoire de notre génération!!! Et avec elle, nous sommes obligés d’entendre cette récurrente phrases des autres « mais vous les Ivoiriens, votre pays est gâté! » .
Pour commercer avec un Ivoirien, on se livre d’abord à des contorsions, on cherche à savoir son ethnie, son partie politique, ensuite on décide de « composer » ou pas avec lui. Est-ce cela notre Côte d’Ivoire? La Côte d’Ivoire de Doubahi Didi Léopold? Est-ce la Côte d’Ivoire de Pascal Miezan? Est-ce la Côte d’Ivoire de Laurent Pokou? Est-ce la Côte d’Ivoire de Mamadou Doumbia?
« Non », venons-nous de dire en chœur. Et pourtant, loin des émotions et des brumes aux visages, on découvre que la Côte d’Ivoire est devenue réellement méconnaissable, insensible, intolérante, méchante, sectaire et génocidaire.
Que devons-nous faire?
Devons-nous comme des grabataires, nous taire et laisser notre Patrie aller en lambeaux? Devons-nous comme des gladiateurs opter pour la politique trop facile de la bouc-émissarisation et de la diabolisation de l’autre comme la cause de nos problèmes?
Ou plutôt devons-nous comme des Patriciens prendre des initiatives ici et maintenant pour arrêter l’hémorragie?
A toutes et à tous, j’attends vos contributions pour qu’ensemble, on sauve ce qui l’est encore en Côte d’Ivoire. Soyez rassurés la bataille sera rude, difficile, incertaine, désespérée, mais ne dit-on pas qu’ « à cœur vaillant, rien d’impossible »?
Nous n’avons pas le droit de vie et de mort sur nous même, à plus forte raison sur nos compatriotes. Nous n’avons pas le droit de laisser la Côte d’Ivoire s’engouffrer dans le tragique et suicidaire voyage du non-retour.
Je n’ai pas la prétention de dire que je sais tout et que je peux tout résoudre. Je n’ai pas de solution. Je n’ai pas de remède miracle. Mais, je reste convaincu et persuader que de la convergence des idées, nous arriverons à mettre fin à la tragédie que vit notre pays. Il est des temps où le silence devient complicité. Nous devons arrêter le cycle infernal du chaos qui se dessine en Côte d’Ivoire. Par tous les moyens.

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