Obama n’est pas Africain

Barack Hussein Obama, Américain de nationalité, Africain d’origine (son père est Kenyan) et Asiatique d’éducation (sa mère Américaine s’est remariée avec un Indonésien) a pris le meilleur à l’investiture du parti démocrate sur Mme Hillary Clinton, l’épouse de Bill Clinton, ancien président des Etats-Unis.
Cette victoire historique fait déjà rêver certains Africains. Beaucoup d’entre nous attendent (encore) la venue d’un nouveau « messie » qui les délivrera enfin de la misère, de la pauvreté et du poids de l’exploitation. Ceux-ci espèrent que Barack Obama sera celui que l’Afrique attend depuis toujours. Hélas, mille fois hélas, il n’est point Africain. A tout le moins, on peut le considérer comme un afro-américano-asiatique. Cette tri- culturalité lui confère l’atout majeur d’une plus large ouverture sur le monde et d’une plus grande aptitude à la tolérance.
Cependant, disons-le tout net: il n’est pas Africain. Il ne sera pas le porte-étendard de la cause de l’Afrique; s’il remporte, en novembre prochain, la victoire finale sur son rival républicain John McCain. Au contraire, il pourrait devenir, pour le continent, le pire des présidents que les Américains n’aient jamais élus. Tant il aura à cœur de montrer qu’il est plus américain que les Américains de souche. L’épisode de sa douloureuse séparation avec le pasteur Jeremiah Wright, son mentor de longue date, nous ramène violemment à cette dure réalité. Le fondateur de la Trinity United Church a eu le malheur de prononcer ces mots terribles pour la mémoire collective américaine: « Le 11 septembre (2001) est un juste retour du bâton; maudite soit l’Amérique! »
En outre, Barack Hussein Obama aura à cœur de prouver à tous les Américains (et à certains journalistes qui le disent déjà) qu’Obama (Lance enflammée en swahili) n’est point Oussama (Ben Laden). Clairement dit, il n’entend être ni le  » fils » de son père, musulman de confession ni l’intrépide moudjahidin de la cause de l’Islam. En tous les cas, les Africains-américains authentiques observent d’un œil ébahi (si ce n’est ahuri) ce « petit prince » descendu tout droit de sa lointaine planète. . . noire.
Barack Obama n’est point Africain. Il n’entretient, d’ailleurs, aucune prétention de le devenir. Il est Américain, en son âme et conscience. Toutefois, qu’il le veuille ou non, il demeure un nègre, aux yeux des Américains. Sur ce point, il porte l’espoir et l’espérance de tous les Noirs. Il renouvelle nos droit et pouvoir de rêver.
Mais, ne l’oublions pas. Ils avaient déjà défiguré et décapité les stèles des pharaons noirs de la vallée de Kherma dans l’Egypte pharaonique. Meurtre symbolique! Aujourd’hui encore, ils pourraient trucider Obama (selon la boule de cristal de Dame Clinton) avant ou après sa victoire (que nous souhaitons de tous nos vœux) sur John McCain. Meurtre physique!
Quoiqu’il arrive par la suite, le p’tit nègre aura déjà pris rendez-vous avec son destin: celui de montrer au monde que les Noirs sont de plain-pied dans 1 ‘histoire (ancienne, moderne, contemporaine et immédiate) sans y être  » suffisamment entrés « , selon la fameuse formule du président français Nicolas Sarkozy.
Historiens, politologues, futurologues, négrologues, négrophobes, négrophages… de renommée mondiale auront tout dit et prédit sur les Noirs, sauf imaginer qu’un de leurs congénères serait appelé, un jour, à diriger la plus grande puissance mondiale (après l’Egypte pharaonique, bien sûr).
Nous avons donc raison de souhaiter et d’espérer la victoire de Barack Obama. Nous en serons heureux et fiers. Même si nous restons persuadés que l’Afrique n’en tirera aucun bénéfice matériel. Bien au contraire, elle profitera stratégiquement aux Etats-Unis, en consolidant leur hégémonie sur le monde. Elle donnera aux Américains l’illusion de vivre dans un Etat très démocratique, dans un pays ouvert et tolérant et dans une société multiculturelle et multiraciale. Ou, au-delà des préjugés, ne comptent que la valeur intrinsèque et la compétence de chaque individu. Effectivement, ce pays qui, après le 11 septembre, aurait eu l’audace de porter à sa tête un Obama dont le nom rappelle outrageusement Oussama s’accordera le droit de s’attribuer toutes les vertus et qualités.
Oui, mais… Obama n’est pas Africain. Cependant, il renouvelle l’espoir et l’espérance de la race noire. Vilipendée, humiliée, honnie et vomie à travers les âges. Il rappelle à notre mémoire collective flétrie et flagellée que, si tout n’est pas permis,’ « tout est possible « . A qui garde la foi.

*Journaliste ivoirien célèbre, Diégou Bailly est l’ancien directeur de publication du Jour. Il est aujourd’hui président du CNCA, organe de régulation de l’audiovisuel en Côte d’Ivoire. Il s’exprime ici à titre personnel.

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